1974 – Atterrissage à NANTES chateau Bougon

Métropole de l »Ouest – 12 mai 1974

12 MAI 1974 PRESSE  F-BRAD NANTES CHATEAU BOUGON

Après avoir survolé le monde entier, un Super Constellation suscitera peut-être des vocations à Château-Bougon – 

11 h 43 ! Venant du Sud, apparaît un quadrimoteur qui décrit un large détour au-dessus de la campagne nantaise, comme s’il voulait bien s’imprégner du paysage avant d’abandonner les routes du ciel.

C’est en effet, le Lockheed Super Constellation de la Catair, F-BRAD, acheté par l’Aéro-Club de Nantes pour permettre – dans un proche avenir – une visite au sol de ce Super G, avec lequel le 24 novembre 1952, Air-France créait sa ligne Paris-Tokyo par la route de l’Inde en 45 heures.

 » Si ce n’est toi, c’est donc ton frère « . Sans doute, ce n’est pas le F-BRAD qui a inauguré cette liaison, mais c’est lui qui réalisa la dernière évacuation de 112 Biafrais lors de la guerre que l’on connaît.

Le Super G va prendre le vent pour atterrir. Il est loin d’être neuf, puisqu’il est déclassé après une belle carrière. L’un des moteurs fume et l’on constate que l’une des trois dérives est  » déshabillée  » !

L’atterrissage n’en est pas moins impeccable. Le commandant de bord, René Meyer, est un fin pilote dont la carrière est éloquente.

L’avion roule vers l’aire de stationnement de l’aérogare de fret où il s’immobilise. Les moteurs continuent à ronronner. Les quatre hélices tripales tournent au ralenti ; elles semblent regretter de ne plus avoir à brasser l’air.

Mais tout a une fin, le commandant Meyer coupe les contacts. La porte du cockpit s’ouvre. L’équipage apparaît, à la hauteur d’un premier étage. On nous a laissé partir avec une dérive en moins ? S’étonne M. Laborit, membre du bureau de l’Aéro-Club, venu saluer l’équipage et réceptionner l’avion au nom du club.

René Meyer, croit à une plaisanterie. Il se penche quand même et constate les dégâts.

– Vous savez, le Super Constel se pose tout seul ! dit-il, avec philosophie.

Ce vieux routier de l’air en a vu d’autres !

Parti en 1949 en Afrique comme chef pilote, ii a ouvert des lignes aériennes, au Cameroun d’abord. Sous la tutelle de l’O.N.U., le gouvernement a acheté des avions deux Beeschraft et 1 DC-3 avec lequel il effectuait du transport de viande entre les différents États de l’Afrique Noire.

Puis, Air-France et U.T.A. se sont installés. En 1953, René Meyer a monté une société privée, Air Cameroun.

– Il y avait sept personnes, y compris des Africains : un équipage, un mécanicien et deux manœuvres. J’étais pilote, comptable, secrétaire. Il avait installé une tablette devant lui et, tout en pilotant, il faisait ses comptes et écrivait son courrier !

La flotte augmenta peu à peu trois DC-4, un autre DC-3 et, en 1967, un Constellation, avion cargo utilisé surtout pour le transport de viande à travers l’Afrique centrale. Le gouvernement du Cameroun ayant plus ou moins pris en main les destinées de la compagnie, il fondera la compagnie de charters Catair, dont il fut président directeur général de 1969 à 1972. Sept Super Constellation furent achetés à Air-France.

Air Fret acheta, il y a deux ans, le F-BRAB, le dernier à avoir volé sans doute.

Revenons en France, René Meyer, après avoir effectué 300 heures de vol sur Caravelle, comme commandant de bord, vient de prendre un nouveau départ : à 54 ans, il a fondé a compagnie Jupiter et acheté six Fokker 27, avions charter et aussi navette aérienne pour le transit Orly – Roissy-en-France.

Un bel exemple de courage et de persévérance.

Quant au F-BRAD, rappelons-le, il sera utilisé pour les visites au sol, quand auront été déposés les moteurs et les instruments encore utilisables.

De nombreuses personnes se sont présentées dès hier après-midi, pour visiter le Super Constellation.

Cela prouve l’intérêt ressenti par le public dans notre région qui contribue à la construction d’Airbus et de Concorde, après avoir réalisé la voilure de Caravelle.

Rappelons qu’il faut maintenant déposer les moteurs, les réservoirs, pour éviter tout risque d’accident, et les appareils de navigation.

Il ne sera donc pas possible de visiter le Super G avant deux ou trois semaines.

Nous donnerons toutes indications nécessaires quand ce quadrimoteur aura été tracté à son emplacement définitif.